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Le point bas des taux a peut-être été atteint. Les dissensions des banquiers centraux sur les politiques monétaires ultra accommodantes et la légère amélioration macro-économique pourraient mettre fin à la tendance baissière des taux pour autant que les problèmes de fond ne se détériorent pas. Explications avec Jean-François Gillardin, Head of Discretionary Portfolio Management.

La guerre commerciale sino-américaine et les difficiles négociations sur le Brexit ont, une nouvelle fois, retenu l'attention des marchés au cours des derniers mois. Ces craintes, combinées à des pressions inflationnistes contenues et au ralentissement de la croissance mondiale, particulièrement visible au sein du secteur manufacturier, ont poussé les Banques centrales à annoncer de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire.

Après un cycle de hausse de taux très graduel, la Banque centrale américaine a, pour la première fois depuis 2008, baissé ses taux directeurs en juillet et en septembre. En Europe, la Banque centrale a également profité de sa réunion de septembre pour revoir à la baisse son taux de dépôt et annoncer des mesures plus spécifiques.

Ces nouvelles mesures et les incertitudes ambiantes ont poussé les rendements gouvernementaux à la baisse. Le taux à 10 ans américain a ainsi touché un point bas début septembre à 1,46 %. Le taux à 10 ans allemand évoluait, quant à lui, proche de son plus bas historique à -0,71 %. Plus éloquent encore, à cette date, toutes les échéances de la courbe des taux allemands offraient un rendement négatif. En d'autres termes, l'état allemand reçoit de l'argent pour emprunter, les investisseurs étant prêts à payer pour avoir le droit de détenir la dette du pays. Le marché obligataire anticipait à ce moment-là un scénario macro-économique relativement sombre.

Depuis ce point bas, les taux ont légèrement rebondi, profitant notamment des nouvelles positives sur les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis ou encore des avancées sur le Brexit. Reste maintenant à savoir si ce mouvement haussier est un simple rebond dans une tendance baissière ou s'il est, au contraire, appelé à se poursuivre au cours des prochains mois. Deux arguments plaident en faveur de ce dernier scénario.

Premièrement, si la décélération de la croissance mondiale est clairement visible, le risque de récession aux États-Unis apparaît toujours limité à l'heure actuelle. À ce titre, nous surveillons plus particulièrement l'évolution de la consommation des ménages américains et l'activité dans le secteur des services. Une dégradation substantielle de ces deux variables – prépondérantes pour la croissance - augmenterait, en effet, sensiblement la probabilité d'une récession.

Pour l'instant, nous en sommes encore assez éloignés.

La consommation américaine ne montre pas de signe d'essoufflement et est toujours soutenue par la vigueur du marché de l'emploi, la hausse des salaires et l'augmentation de la richesse nette des ménages (différence entre les actifs et les dettes des ménages). L'activité dans le secteur des services reste, quant à elle, également bien orientée même si des signes de ralentissement sont perceptibles.

Par ailleurs, les données macro-économiques américaines ont, dans l'ensemble, plutôt eu tendance à ressortir au-delà des attentes du marché ces derniers temps. La récente hausse des taux américains apparaît même relativement limitée compte tenu de ces bonnes surprises.

Deuxièmement, de plus en plus de voix s'élèvent des deux côtés de l'Atlantique contre ces politiques monétaires ultra accommodantes. Si la prévision d'une baisse des taux directeurs de la Fed lors de sa réunion du 30 octobre semble faire l'unanimité parmi les investisseurs, ces derniers sont maintenant beaucoup plus divisés concernant une nouvelle baisse en décembre. Les membres de la Fed semblent tout autant divisés. Pour un certain nombre d'entre eux, les récentes baisses de taux avaient plutôt un but préventif compte tenu des incertitudes ambiantes et ne reposaient pas sur une détérioration significative des données macro-économiques. Il sera par conséquent difficile pour ces derniers de voter en faveur de nouvelles baisses de taux après celle attendue en octobre.

En Europe, de plus en plus de banquiers centraux, particulièrement au nord de l'Europe, doutent des effets positifs de cette politique et n'hésitent plus à marquer publiquement leur désaccord. Toute inflexion du discours pourrait, par conséquent, rapidement pousser les taux à la hausse, même si peu d'acteurs de marché anticipent ce scénario pour le moment.

Compte tenu de la récente amélioration des données macro-économiques aux États-Unis et des voix de plus en plus discordantes au niveau des principales Banques centrales, le point bas des taux est peut-être derrière nous. À ce titre, il n'est probablement pas inintéressant de commencer à se préparer pour une hausse graduelle des rendements en réduisant petit à petit l'exposition au risque de taux de son portefeuille obligataire. D'autant plus si les tensions commerciales continuent à s'apaiser et si les avancées se poursuivent sur le Brexit.

Jean-François Gillardin
Head of Discretionary Portfolio Management
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