Repenser son patrimoine pour gagner en sérénité financière
Quand on parle de performance, on pense souvent à la course : carrière, famille, finances… tout va vite, parfois trop vite. À l’occasion de la première édition du ELLE Summit, organisée au cœur de la Banque de Luxembourg, Stéphanie Baldinucci, Coordinatrice Banque Privée pour le marché luxembourgeois, qui accompagne au quotidien des femmes – et des hommes – dans la gestion de leur patrimoine, a choisi d’évoquer une autre facette de la performance : celle qui rime avec sérénité financière, anticipation et investissement, tout en alignant valeurs et objectifs. Entretien avec Stéphanie.
Pourquoi avez-vous souhaité vous associer à cet évènement consacré à la performance au féminin ?
S’associer au ELLE Luxembourg s’est imposé comme une évidence, car l’événement, entièrement dédié à l’inspiration et à la redéfinition de la performance au féminin, résonnait en moi.
Dans ma vie personnelle, je m’efforce, comme beaucoup de femmes, de conjuguer vie professionnelle et vie de famille. Cette recherche d’équilibre nourrit ma vision de la gestion patrimoniale : elle n’est pas là pour ajouter une pression de plus, mais pour offrir des repères et donner du souffle. En tant que femme, cet événement est un espace rare où l’on peut parler de soi, de patrimoine, de carrière, de famille, sans tabou et dans un cadre bienveillant.
En ouvrant les portes de la Banque au ELLE Summit, nous avons souhaité désacraliser des concepts qui paraissent complexes en démontrant qu’il est possible, grâce à une bonne gestion et une anticipation, de soutenir le quotidien des femmes dans leurs choix de vie, pour les aider à atteindre leurs objectifs en toute sérénité.
Comment définiriez-vous la gestion patrimoniale au féminin, et en quoi va-t-elle au-delà des seules questions financières ?
La gestion patrimoniale au féminin n’est pas une affaire de chiffres ou de rendements. Il s’agit plutôt d’une conversation intime sur la vie, les valeurs et les changements qui la ponctuent : l’arrivée d’un enfant, une séparation, un changement de carrière, un projet d’expatriation, une transmission familiale. Il s’agit d’un formidable outil d’émancipation et de réalisation de soi. Il ne s’agit pas seulement d’accumuler, mais de donner du sens à ce que l’on construit. Derrière un portefeuille d’investissements ou un bien immobilier, il y a l’histoire d’une vie, un héritage, des projets concrets, l’empreinte que l’on souhaite laisser.
Lors de l’atelier « Votre patrimoine mérite plus » organisé dans le cadre du ELLE Summit, nous avons débuté en rappelant quelques réalités spécifiques aux femmes :
- Les femmes ont plus de temps partiel,
- Elles subissent un écart de rémunération sur la durée,
- Elles ont une espérance de vie plus longue,
- Et enfin, elles ont un rapport au risque souvent plus prudent.
Tout cela a un impact direct sur leur capacité à investir, sur la nécessité pour elles de constituer une épargne complémentaire et de penser à préparer leur retraite.
La gestion de son patrimoine n’est pas une contrainte : c’est une source de réflexion, un levier de liberté et d’alignement avec ses valeurs.
Comment la planification patrimoniale peut-elle aider les femmes à être plus sereines ?
Je crois profondément que la vraie performance ne se mesure pas au montant d’un compte en banque, mais à la sérénité et à la liberté qu'elle procure. Si la situation financière est floue – « Je ne sais pas vraiment ce que j’ai, ni ce que je peux me permettre » –, l’argent devient une source de stress qui alimente une impression de ne pas avoir le contrôle.
La planification patrimoniale a justement le rôle de transformer cette impression en cadre clair. Concrètement, cela commence par un exercice très simple : avoir une vue globale de son patrimoine et le structurer selon un horizon de temps. Qu’est-ce qui doit rester disponible pour les imprévus ? Qu’est-ce qui peut être investi à moyen terme ? Qu’est-ce qui peut être investi sur 10, 15 ou 20 ans ?
Durant l’atelier, nous avons pris le persona de Louise, 45 ans, tout juste divorcée, avec deux enfants. Elle dispose de liquidités importantes sur ses comptes, un projet immobilier et des investissements réalisés un peu « par hasard » sur une plateforme en ligne. Le simple fait de clarifier ses objectifs – se reloger, sécuriser sa situation, préparer l’avenir de ses enfants – et de classer ses actifs du plus liquide au moins liquide lui a permis de se réapproprier son patrimoine.
Puis vient la question du temps. Plus tôt on commence à investir, même avec des montants modestes, plus le facteur temps joue en notre faveur. Les intérêts composés – le fait de toucher des intérêts sur les intérêts – permettent à l’argent de travailler pour nous, et non l’inverse. À l’opposé, l’inflation grignote silencieusement le pouvoir d’achat de l’argent qui « dort » sur un compte.
En structurant une épargne long terme et en acceptant un niveau de risque adapté à son profil, une femme sort peu à peu de la logique de course et de culpabilité « Je devrais m’en occuper, mais je n’ai pas le temps ». Elle se construit un matelas de sécurité, s’accorde une marge de manœuvre, et s’offre surtout la possibilité de choisir – une nouvelle formation, un congé sabbatique, un projet d’entreprise, un temps partiel choisi plutôt que subi.
Quels premiers réflexes ou « petits pas » avez-vous partagés durant l’atelier ?
J’espère avoir déclenché une prise de conscience : en tant que femmes, nous ne pouvons plus nous contenter de « déléguer » notre avenir financier. Les statistiques sur le temps partiel, l’écart de rémunération, la longévité et la moindre appétence déclarée pour le risque montrent que si nous ne nous saisissons pas de ces sujets, personne ne le fera à notre place.
Il n’est pas nécessaire de tout savoir pour agir.
L’essentiel est de trouver un partenaire de confiance, de poser des questions, d’oser dire : « Je ne comprends pas, expliquez-moi. »
Trois réflexes simples à mettre en place :
- Parler de sa situation financière. Nommer son patrimoine, savoir de quoi il se compose, c’est déjà reprendre la main
- Se faire accompagner. Ne pas rester seule face à des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences : crédit immobilier, succession, investissement, changement de carrière
- Agir et ne pas laisser son capital dormir. Même si l’on a une aversion naturelle au risque, il est important de se construire un coussin de sécurité, ensuite investir progressivement, peu mais régulièrement, en fonction de son horizon d’investissement et de ses projets
En conclusion, la théorie des « petits pas » peut être très concrète et efficace : prendre un rendez-vous pour faire le point, mettre en place un premier plan d’épargne pour un enfant, déplacer une partie de ses liquidités sur un placement qui donne des rendements, ou tout simplement ouvrir la discussion en couple ou en famille.
Il ne faut pas disposer d’un capital important pour commencer à investir. Ce qui compte, ce n’est pas le montant de départ, c’est la régularité et la cohérence avec ses objectifs de vie.
Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui n’accordent pas suffisamment d’attention à la gestion de leur patrimoine ?
Je leur dirais que repousser le sujet à plus tard entrave leur sérénité. Chaque année qui passe sans décision réduit la marge de manœuvre. Ensuite, je les inviterais à changer de regard : un patrimoine est une ressource, une énergie sur laquelle nous pouvons capitaliser pour réaliser leurs projets.
Mon rôle est d’accompagner nos clientes dès que possible dans ce type de réflexion. Notre philosophie est d’aider nos clientes à poser les premières briques d’une stratégie patrimoniale et à la structurer dans la durée, grâce à un accompagnement personnalisé. Je m’appuie sur des experts pluridisciplinaires selon les situations ─ fiscalistes, juristes, analystes crédit, planification successorale ou situations transfrontalières ─ pour aider mes clientes dans leur projet.
Un dernier conseil ?
À celles qui se disent encore « Je verrai plus tard », j’ai envie de répondre : prenez une heure pour en parler, pour faire un premier bilan. Ce simple pas peut suffire à transformer un sujet anxiogène en levier de liberté.