Moyen-Orient : un choc géopolitique aux répercussions mondiales
La montée des tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran ouvre une nouvelle phase d’incertitude au Moyen-Orient. Les marchés financiers redoutent ses conséquences économiques : choc pétrolier, inflation ravivée et ralentissement de la croissance mondiale.
Les États-Unis et Israël ont lancé le 28 février une opération militaire conjointe d’ampleur visant l’Iran. Les objectifs de l’administration Trump sont multiples : mettre fin au programme nucléaire iranien, anéantir les capacités militaires du pays et faciliter un changement de régime en Iran.
Après des bombardements intenses ayant notamment entraîné la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei ainsi qu’une quarantaine de hauts dignitaires du régime, les représailles iraniennes ne se sont pas faites attendre. La stratégie de l’Iran repose essentiellement sur deux piliers.
D’une part, exporter le conflit dans la durée, dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient. L’utilisation par l’armée iranienne de nombreux missiles balistiques et drones contre des installations américaines se situant dans des pays voisins de l’Iran - bases militaires, ambassades et consulats notamment - vise la déstabilisation de l’ensemble de la région.
D’autre part, le blocage du détroit d’Ormuz, lieu de passage d’environ un cinquième de l’offre mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, est à l’origine d’une forte poussée des prix pétroliers et gaziers, menaçant l’économie mondiale et fragilisant la position de l’administration Trump à la veille des élections de mi-mandat.
L’importance du détroit d’Ormuz
Techniquement, l’Iran n’a pas bloqué le détroit d'Ormuz mais le trafic maritime y est à l’arrêt. En cause, les menaces pesant sur la sécurité dans la zone et la très forte progression des primes d'assurance maritime. En conséquence, les pays producteurs de pétrole dans la région, faute de capacités de stockage suffisantes, sont contraints de réduire leur production. L’Irak, cinquième producteur mondial de pétrole brut, a par exemple d’ores et déjà réduit sa production de plus de 50 %. Le Koweït et les Émirats arabes unis ainsi que l’Arabie Saoudite ont annoncé des mesures similaires.
Des tensions significatives surgissent également sur le marché gazier. Au Qatar, pays qui fournit 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) au niveau mondial, l'entreprise publique QatarEnergy a suspendu la production de GNL en raison d'attaques contre ses installations.
Flambée des prix sur les marchés
L’envolée des prix pétroliers et gaziers constitue le principal vecteur de perturbation économique. Une réduction brutale de l’offre, si elle est durable, entraînerait mécaniquement un scénario de stagflation, soit un affaiblissement de la croissance couplé à davantage de pressions inflationnistes. L’Europe et l’Asie seraient nettement plus pénalisées que les États-Unis. Un durcissement des politiques monétaires n’apparaît toutefois pas approprié dans ce contexte, les pressions haussières sur le prix provenant d’une contraction de l’offre et non d’une tension au niveau de la demande.
Un coût politique croissant aux États-Unis contraignant Donald Trump à réagir
Après une semaine de conflit, l’optimisme des investisseurs quant à une résolution rapide de la crise, s’est quelque peu tari. La nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père l'ayatollah Ali Khamenei à la tête de l'Iran n’indique aucune velléité de capitulation de l’Iran. En outre, le coût politique de cette guerre pour l’administration Trump augmente sensiblement. Différents sondages laissent en effet entrevoir un soutien très ténu de la population américaine pour ce conflit. A la veille des élections de mi-mandat, l’envolée des prix de l’énergie, en particulier l’essence, inquiète outre-Atlantique.
Fragilisé sur le plan national, Donald Trump a tenu à rassurer les marchés en déclarant que la guerre au Moyen-Orient était pratiquement terminée, entraînant un repli sensible des prix pétroliers et gaziers sur les marchés.
Les marchés sous pression
En Europe, les marchés ont effacé quasiment l’entièreté des gains enregistrés depuis le début de l’année. Les taux longs ont progressé, reflétant la hausse des anticipations d’inflation. Le dollar US s’est renforcé, profitant de son statut de valeur refuge.
Historiquement, les périodes marquées par de fortes tensions géopolitiques ont constitué des points d’entrée intéressants dans les marchés actions. La durée et l’intensité du conflit constituent toutefois les deux facteurs déterminants. Selon nous, il est peu probable que l’administration Trump s’engage dans un conflit de longue haleine à quelques encablures des élections de mi-mandat.
Damien Petit, CFA, Responsable des investissements Banque Privée
Banque de Luxembourg